Déconnecter pendant les vacances : comprendre pourquoi notre cerveau refuse de faire une pause
- ldolivetkinesio
- 1 juil.
- 5 min de lecture

"Cette année, je vais enfin me reposer !"
C'est une phrase que j'entends très souvent au cabinet… et pourtant, quelques jours plus tard, certaines personnes me racontent qu'elles n'arrivent toujours pas à se détendre.
D'autres dorment énormément, se sentent épuisées, deviennent irritables ou tombent même malades dès le début de leurs vacances.
Alors, pourquoi est-il si difficile de déconnecter ?
Et pourquoi notre corps semble parfois nous "lâcher" précisément lorsque nous avons enfin le temps de souffler ?
La réponse se trouve en grande partie dans le fonctionnement de notre cerveau et de notre système nerveux.
Notre cerveau n'est pas un interrupteur
Imaginez une voiture qui roule à 130 km/h sur l'autoroute.
Si vous retirez simplement votre pied de l'accélérateur, elle ne s'arrête pas immédiatement.
Elle continue à avancer sur son élan avant de ralentir progressivement.
Notre cerveau fonctionne un peu de la même façon.
Pendant plusieurs mois, il s'adapte à un rythme soutenu : travail, vie familiale, rendez-vous, imprévus, sollicitations permanentes, notifications, décisions à prendre…
Sans que nous en ayons conscience, il active régulièrement ce que l'on appelle le système nerveux sympathique, la partie de notre système nerveux autonome qui nous aide à faire face aux défis du quotidien.
Ce système est extrêmement utile.
Il augmente notre vigilance, accélère le rythme cardiaque, mobilise notre énergie et prépare notre organisme à agir rapidement.
Le problème n'est donc pas le stress en lui-même.
Le problème apparaît lorsque ce mode de fonctionnement devient presque permanent.
Le cerveau finit alors par considérer cet état d'hypervigilance comme une nouvelle normalité.
Résultat : lorsque les vacances arrivent, il ne suffit pas de changer de lieu pour que tout revienne instantanément au calme.
Le corps, lui aussi, a besoin de temps pour comprendre qu'il peut enfin relâcher la pression.
Pourquoi les premiers jours sont-ils parfois les plus difficiles ?
Beaucoup de personnes pensent qu'elles vont se sentir détendues dès le premier matin des vacances.
En réalité, les premiers jours sont souvent une période de transition.
Le cerveau continue à anticiper.
Vous pensez encore aux dossiers laissés en attente.
Vous consultez vos mails "juste pour vérifier".
Vous préparez déjà la rentrée.
Vous gardez inconsciemment le même niveau d'alerte qu'au travail.
Petit à petit, si vous vous accordez réellement du repos, le système nerveux parasympathique, souvent appelé le "mode récupération", reprend progressivement le dessus.
C'est lui qui favorise la digestion, le sommeil, la réparation des tissus et la récupération physique et émotionnelle.
Autrement dit, le corps ne passe pas du mode "action" au mode "repos" en quelques minutes. Il effectue une véritable transition.
Pourquoi tombe-t-on parfois malade pendant les vacances ?
Vous connaissez peut-être quelqu'un à qui cela arrive chaque été.
Ou peut-être est-ce votre cas.
Toute l'année, vous tenez bon.
Et puis, deux jours après le début des vacances…
Rhume.
Migraine.
Fatigue intense.
Troubles digestifs.
Parfois même une petite infection.
Cela peut sembler paradoxal.
En réalité, plusieurs mécanismes peuvent l'expliquer.
Lorsque nous vivons une période de stress prolongé, notre organisme produit davantage de cortisol, une hormone indispensable pour nous aider à faire face aux contraintes.
À court terme, le cortisol est bénéfique.
Mais lorsqu'il reste élevé pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, il modifie le fonctionnement de nombreux systèmes, notamment celui de notre immunité.
Lorsque les vacances commencent, ce niveau de cortisol diminue progressivement.
Cette baisse est normale… mais elle peut révéler une fatigue qui était jusque-là masquée par le mode "urgence" dans lequel fonctionnait l'organisme.
C'est un peu comme un marathonien qui franchit enfin la ligne d'arrivée.
Pendant la course, son corps mobilise toutes ses ressources.
Une fois l'effort terminé, il ressent pleinement son épuisement.
Notre organisme agit souvent de la même manière.
Certaines études montrent également que le stress chronique peut modifier temporairement les défenses immunitaires. Lorsque la pression retombe, l'équilibre immunitaire se réajuste progressivement, ce qui peut coïncider avec l'apparition de certains petits maux.
Tomber malade en vacances ne signifie donc pas que les vacances sont mauvaises pour vous.
C'est parfois le signe que votre corps profite enfin d'un moment de relâchement pour exprimer une fatigue longtemps contenue.
Le repos ne consiste pas seulement à arrêter de travailler
Nous avons souvent une vision très simplifiée du repos.
Pourtant, récupérer ne signifie pas uniquement rester allongé sur un transat.
Le cerveau apprécie particulièrement les activités qui diminuent la charge mentale :
marcher dans la nature ;
contempler un paysage ;
rire avec ses proches ;
lire quelques pages d'un livre ;
respirer profondément ;
laisser son téléphone de côté pendant un moment.
Ces instants permettent progressivement au système nerveux de retrouver un équilibre.
Ils offrent au cerveau l'occasion de sortir du mode "performance" pour revenir au mode "présence".
Et si l'on n'arrivait toujours pas à ralentir ?
Certaines personnes ont le sentiment de ne jamais réussir à "couper".
Même en vacances, elles ressentent le besoin d'être occupées, de planifier ou de rester constamment disponibles.
Il ne s'agit pas d'un manque de volonté.
Parfois, ce fonctionnement est devenu une habitude profondément ancrée. Il peut être lié à notre histoire personnelle, à certaines croyances ("je dois toujours être utile", "je n'ai pas le droit de me reposer") ou simplement à un mode de vie très exigeant.
La bonne nouvelle, c'est que notre cerveau possède une remarquable capacité d'adaptation. En répétant de nouvelles expériences de calme et de sécurité, il peut progressivement apprendre qu'il est possible de ralentir sans danger.
C'est également dans cette démarche que la kinésiologie peut trouver sa place. En travaillant sur les tensions physiques, émotionnelles et les mécanismes de stress propres à chacun, elle peut aider à retrouver un meilleur équilibre et favoriser un retour plus naturel au calme.
En conclusion
Si vous mettez plusieurs jours à vous sentir réellement en vacances, si vous êtes très fatigué(e) ou si votre corps semble "craquer" au moment où vous vous arrêtez, ne soyez pas trop sévère avec vous-même.
Votre cerveau ne possède pas un bouton "OFF".
Après des semaines, parfois des mois d'efforts, il lui faut simplement un peu de temps pour ralentir.
Et si, cet été, votre véritable objectif n'était pas de faire plus… mais simplement de laisser votre corps retrouver son propre rythme ?
Sources scientifiques
Les idées développées dans cet article s'appuient sur des connaissances bien établies en neurosciences et en physiologie du stress :
Robert Sapolsky, Why Zebras Don't Get Ulcers (ouvrage de référence sur les effets du stress chronique).
Bruce McEwen, travaux sur la charge allostatique, qui expliquent comment un stress prolongé affecte l'organisme.
Hypothalamic–pituitary–adrenal axis (axe HPA), mécanisme biologique impliqué dans la production de cortisol et la réponse au stress.
Revue scientifique Nature Reviews Immunology : publications sur les interactions entre stress chronique et système immunitaire.
Revue scientifique Psychoneuroendocrinology : nombreux travaux sur les liens entre cortisol, émotions et santé.
Polyvagal Theory de Stephen Porges (intéressante pour comprendre les états de sécurité et de vigilance, même si certains aspects de cette théorie restent débattus





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